Entre l’ancienne et la nouvelle année s’ouvre un espace propice à la réflexion. Par son amplitude, l’espace-temps entre notre nouvel an occidental et le nouvel an chinois nous permet d’appréhender l’écart ténu et pourtant culturellement distinct entre les pensées occidentales et orientales. L’un se situe dans les choses manifestées, l’autre dans leur devenir non encore manifesté, à l’instar de la sève qui monte, invisible, pour préparer l’éclosion du printemps. Cette année, six semaines séparent deux cultures…
L’une annonce l’hiver pendant que l’autre se situe en son cœur. Alors que l’une se trouve dans les frimas hivernaux, l’autre, pressent déjà le printemps dans la sève qui gorge les bourgeons. Dichotomie entre deux états, l’un, manifesté et l’autre, non encore manifesté : ouverture, fermeture….
« Ouverture » et « fermeture » sont les deux termes qui entourent le déroulement de la forme, avec comme appui immuable l’enchaînement des mouvements la composant et qui ne concerne que nous-même, en notre intimité.
La forme, c’est l’année qui se déroule, constante dans le rythme des journées et des nuits qui s’égrènent au rythme des saisons. Et pourtant, jamais la même avec ses surprises, bonnes et mauvaises. Parfois la vie nous met à dure épreuve et nous renvoie au plus profond de nous-même. Chacun s’y adapte à sa façon et parfois fléchit le genou et même l’échine.
Maître Wang Yen-nien disait un jour : « vous pouvez tomber tant que vous avez la force de vous relever ! » A la veille de nous quitter, il avait cette force de dire : « ne vous en faites pas, je vais bien : la vie se déroule comme les vagues du Yang tsé qui se succèdent en se poussant.
Chacun peut se trouver confronté au départ d’un proche. C’est l’opportunité de faire le point sur sa relation avec les autres. Au départ de Sigrid, il m’est apparu avec évidence que de retrouver le groupe pour pratiquer ensemble en toute simplicité, apportait une force insoupçonnée. Grâce au partage, le groupe est bienveillant pour chaque individualité qui le compose et une source d’énergie inépuisable pour chacun.
Le temps est éphémère, mais la pratique est intemporelle car elle nous ramène au temps suspendu. Et c’est en cela que nous pouvons nous retrouver, nous régénérer.
Ainsi, même quand tout va mal, continuez à partager le rendez-vous de la pratique sans faillir, sans état d’âme, sans attente particulière, le cœur ouvert. Vous en serez chaque fois gratifié. Partager la respiration, le geste, l’intelligence de la forme avec le groupe, c’est, chaque fois, comme humer un bol d’air frais : c’est nous donner la possibilité de conforter nos coeurs et de réguler nos émotions.
Nous avons aussi été témoins ou acteurs de naissances, de découvertes multiples, de bonheurs… La vie se déroule dans sa réalité. Pratiquer, c’est aussi dialoguer avec ces événements qui jalonnent nos chemins.
La pratique nous rend acteur de nous-même, c’est ainsi qu’elle nous accompagne. La vie s’en trouve nourrie et fortifiée. La pratique collective c’est l’espace et le temps qui permet de retrouver le silence intérieur pour « faire ensemble », partager la forme, chacun à sa façon dans son propre silence et dans celui du groupe.
Le taiji quan est comme l’apprentissage d’un langage qui permet de dialoguer avec soi -même et avec les autres…
Bonne année 2010
Bonne année du Tigre
Christian Bernapel
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